Travail et bipolarité

Une des choses les plus difficiles pour moi dans la maladie c’est le travail. Tout simplement parce qu’il faut respecter des horaires, subir un stress, travailler avec des personnes que l’on n’aime pas forcément… et que suivant les up et les down je peux être très productive ou pas du tout. Peut-on réellement travailler en étant bipolaire ?

Nouvelle carrière et un premier stage réussi

Pendant des années j’ai été à mon compte et je pouvais donc travailler comme je l’entendais. J’avais mes périodes où je travaillais à fond, nuit et jour et ce pendant parfois jusqu’à une semaine puis mon corps disait stop et je ne pouvais plus rien faire pendant des jours et des jours voire parfois même pendant plusieurs semaines. Évidemment je ne me savais pas encore atteinte de cette maladie. Mais aujourd’hui malheureusement, je dois absolument trouver un travail car nous avons deux enfants, une maison et nous vivons tous sur le salaire de mon mari. Cela lui procure trop de pression et il souhaite donc que je trouve un emploi.

Mais outre le fait que j’ai dû me relancer dans les études et que je n’ai toujours pas terminé ma formation, je ne sais pas du tout comment faire pour trouver un travail où je m’épanouirai. Car durant ma formation, j’ai déjà réalisé un stage de deux mois qui s’est vraiment très bien passé. Mais quelle angoisse au bout de seulement deux semaines quand je n’arrivais plus à me lever le matin. Je me suis forcée mais heureusement que cela n’a duré que deux mois car j’étais au bout du rouleau et à la fin de cette expérience professionnelle intense, j’ai dû reprendre du Lexomil pour m’aider à trouver le sommeil puis je sombrer pour minimum 10 à 12 heures. Alors comment imaginer tenir des mois et des mois dans un même travail ?

Le bipolaire est perçu comme un paresseux

Et puis je ne vous raconte même pas cette honte que l’on ressent lors des repas de famille ou des soirées entre amis où tout le monde parle de son travail et que l’on a rien à dire puisqu’on ne travaille pas. Et comment est-on perçu de ne pas travailler ? Bon à rien, branleur, glandeur, se laisse vivre, vit aux crochets du conjoint, feignant, paresseux… j’en passe et des meilleures. Énormément de personnes jugent les gens qui ne travaillent pas. Moi la première il y a quelques années quand j’étais en phase up (je ne le savais pas à l’époque) et quand je discutais avec des amies femmes au foyer je sais que j’étais condescendante.

Et aujourd’hui, à mon tour, je vis cela. Puis le fait que j’ai les enfants en bas âge (3 ans et demi et 1 an) et que c’est aussi moins coûteux dans un petit village de les garder soi-même… sauf que j’en suis incapable. Car certains jours tout va bien, je joue avec eux, je prépare de super repas, je participe à tous leurs jeux… et puis certains jours je ne peux pas me lever du lit et les laisse devant la télé toute la journée, je leur fait des sandwiches et je traîne en pyjama… mon grand comprend plus ou moins mais voilà ce n’est pas une vie car je ne suis même pas femme au foyer puisque je ne m’occupe pas souvent d’eux, je ne fais pas de tâches ménagères et je m’occupe de la paperasse quand j’en ai envie. Je ne fais donc rien du tout.

Des mots blessants

Mais savent-il seulement que ce n’est ni de la fainéantise ni de la paresse ? Peuvent-il imaginer ce que la maladie et ses complications fait sur la santé ? Personnellement j’aperçois simplement des regards méprisants de personnes, la plupart souvent de proches, qui jugent sans connaître. Alors d’un côté je peux pas parler de ma maladie car cela ferait honte à ma famille mais d’un autre côté comment me défendre face aux « agressions » ?! Que répondre à des questionnements comme « tu devrais te bouger un peu », « tu es une grosse feignante », « ne dis pas que c’est la maladie pour te cacher derrière la paresse », « être paresseuse et bipolaire ce n’est pas la même chose », « tu n’en n’as pas assez de te laisser vivre ? »…

Mais ce qu’ils ne savent pas c’est que je préfèrerais qu’ils me demandent pourquoi je ne peux pas travailler plutôt que de devoir me justifier du pourquoi je ne travaille pas. Car ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’être bipolaire, c’est un combat H24. Que je dois me battre avec moi-même sans cesse. C’est épuisant et cela demande une énergie dont ils n’ont même pas idée. D’autant plus qu’ils n’imaginent même pas comment un bipolaire peut réagir à la pression… cela peut parfois mener jusqu’à une TS !

Déposer une demande de RQTH

Alors on peut nous proposer une RQTH, Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé. La première fois que l’on m’a proposé une RQTH, je me suis dis c’est une blague ; je ne suis pas handicapée ! J’étais déjà suivie depuis environ 6 mois par la psychiatre, l’infirmière, la psychologue du groupe de parole et désormais par l’assistante sociale du CMP. Elle a regardé avec moi les prestations sociales auxquelles je peux prétendre. Moi qui ait toujours eu mes parents pour m’aider financièrement ainsi que mon travail à mon compte mais qui ne marchait plus depuis quelques temps, j’ai eu du mal à me faire à l’idée de réclamer des aides sociales. Et puis mon mari gagne trop donc je ne peux rien avoir.

Elle m’a alors proposé de faire une demande RQTH. Elle m’a donné le dossier à remplir et j’ai terminé de le faire avec ma psychiatre. Je dois recevoir la réponse aux alentours du 10 septembre. Je redoutais ce rendez-vous avec l’assistante sociale car je me disais qu’elle allait se foutre de moi, car pour moi la bipolarité ne pouvait pas être reconnue comme une maladie handicapante. Et puis en discutant, elle m’a fait comprendre que mes nombreux changements de travail, que mes projets d’entreprise avortés, etc. étaient dus à la maladie…

Une maladie invisible et imprévisible

La bipolarité est une maladie invisible mais surtout imprévisible autant pour le malade que pour son entourage. Se lever, faire les rituels du matin (déjeuner, se brosser les dents, se doucher, etc.) puis se rendre au travail peut être un réel plaisir puis, du jour au lendemain, cela va devenir une corvée puis finalement devenir quelque chose d’impossible à accomplir. Et qu’expliquer à l’employeur ?! « désolée je ne viendrai pas travailler aujourd’hui, je ne peux pas me lever du lit »… pas très convaincant !

Malheureusement les hauts et les bas sont le lot quotidien du bipolaire. Sans compter que trouver le bon traitement peut prendre des mois voire des années et lorsque l’on est sous traitement, les effets secondaires sont nombreux : fatigue encore plus importante, tremblements, prise de poids, etc.

On ne peut pas faire confiance à un bipolaire

Le bipolaire a besoin de plus de repos qu’une personne en bonne santé. Mais ça, peu de personnes le savent et celles qui le savent jugent souvent cela comme un traitement de faveur lié à de la paresse. Mais le bipolaire est aussi sujet aux troubles de panique (environ 30% des bipolaires environ). Et que se passe-t-il alors dans la tête du bipolaire ? Il se retrouve totalement tétanisé et a parfois même peur de sortir de chez lui. Une sorte de phobie sociale soudaine et incontrôlable. Et même si cela ne dure que quelques heures ou au pire quelques jours, comment concilier cela avec un emploi ? Sans compter que l’on ne peut pas réellement compter sur un bipolaire. Avec des troubles de l’humeur et du comportement, comment un employeur prendrait le risque de faire confiance à un bipolaire ? Troubles de la concentration, perte de mémoire, etc. même un bipolaire sait pertinemment qu’on ne peut pas compter sur lui. Le cas échéant, il est dans le déni.

Lorsque j’étais à mon compte comme rédactrice web, il y a eu plusieurs périodes où j’étais en up et j’acceptais commandes sur commandes parce que je pensais pouvoir tout réaliser mais ce n’était tout simplement pas possible. Et j’ai perdu bon nombre de clients ainsi. Sans compter ce super client qui m’assurait un salaire plus que décent tous les mois avec un contrat régulier et que j’ai eu l’audace de traiter de connard un jour alors qu’il m’avait poussé à bout. Bien évidemment le contrat s’est terminé sur-le-champ et j’ai par la suite eu de gros problèmes pour retrouver de nouveaux clients…

Un suivi médical contraignant

Il faut aussi penser au suivi médical du bipolaire. Les consultations avec le psychiatre sont primordiales et elles doivent être respectées. Bien entendu vous me direz que les rendez-vous doivent être pris hors des heures de travail, ce qui est tout à fait compréhensible. Mais cela va inévitablement engendrer une fatigue supplémentaire ainsi que du stress. Cela sera faisable pendant un certain temps mais à un moment ou à un autre ce sera le burn-out.

Et bien souvent la fatigue entraîne d’autres problèmes comme des crises suicidaires, de la boulimie, des addictions en tout genre, etc. et certains bipolaires sont même hospitalisés plusieurs fois par an ! Et généralement ces séjours d’hospitalisation durent au minimum 1 semaine mais peuvent aussi durer des mois entiers.

La difficulté de trouver un emploi

Bien entendu, certains bipolaires ont un travail et ce depuis des années car ils sont stabilisés grâce à leur traitement. Mais il se peut aussi que certains aient la chance d’avoir un employeur compréhensif et qui accepte la maladie. Malheureusement cela reste tout de même relativement rare. Car travailler, oui le bipolaire le peut tout à fait ! Mais c’est surtout de conserver son travail qui est beaucoup plus compliqué.

Et avec une RQTH que pensez-vous dire en entretien avec un futur employeur ? Je ne vous promet pas de pouvoir venir travailler tous les jours, d’être en capacité de réaliser les tâches qui me sont confiées mais ne vous inquiétez pas, embauchez-moi ! Il est déjà bien compliqué de trouver un travail de nos jours alors en étant en plus bipolaire, je vous laisse imaginer la probabilité de décrocher le job de vos rêves…

-A

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